0
Revue juridique

Affaire Boga – Moffi : conciliation avortée et enjeux juridiques majeurs

par
EAJF / A. ESTEVES
le
1/22/26

La commission juridique de la LFP, réunie le jeudi 15 janvier 2026, n’a pas permis d’apaiser les tensions entre l’OGC Nice et ses joueurs Jérémie Boga et Terem Moffi. Cette tentative de conciliation, préalable obligatoire à toute procédure contentieuse, s’est soldée par un constat d’échec. Deux versions irréconciliables s’opposent désormais, laissant entrevoir une judiciarisation du dossier devant le Conseil de prud’hommes. Retour sur une affaire emblématique mêlant sécurité des joueurs, obligations de l’employeur et résiliation anticipée de contrats professionnels.

Un contexte explosif : violences de supporters et arrêt de travail

Dans la nuit du 30 novembre au 1er décembre, à leur retour de Lorient après une défaite en Ligue 1 (1-3), plusieurs joueurs et dirigeants de l’OGC Nice ont été pris à partie par des supporters mécontents. Coups, crachats, insultes : Jérémie Boga et Terem Moffi affirment avoir subi des violences graves devant le centre d’entraînement du club.

Des faits lourds de conséquences juridiques

À la suite de ces événements, les deux joueurs ont été placés en arrêt de travail et ont déposé plainte contre X. Ces démarches traduisent un malaise profond et une rupture du lien de confiance avec leur employeur. En droit du sport comme en droit du travail, la sécurité du salarié constitue une obligation fondamentale de l’employeur, renforcée dans le cadre du sport professionnel par l’exposition médiatique et émotionnelle des acteurs.

La commission juridique de la LFP : un passage obligé sans issue

Réunis devant la commission juridique de la Ligue de Football Professionnel, l’OGC Nice – représenté par son vice-président délégué Maurice Cohen et sa directrice juridique Marion Combe – et les joueurs, assistés de leurs avocats, espéraient trouver une solution amiable. L’objectif affiché par Boga et Moffi était clair : obtenir la résiliation de leurs contrats de travail, qui courent pourtant jusqu’au 30 juin 2027.

Deux lectures diamétralement opposées

Le club estime n’avoir commis aucune faute, notamment sur le plan sécuritaire, et considère avoir respecté ses obligations. À l’inverse, les joueurs soutiennent que leur employeur n’a pas garanti leur sécurité lors de cette nuit critique, manquement qu’ils jugent suffisamment grave pour justifier une rupture anticipée du contrat à ses torts exclusifs.

Aucune conciliation n’ayant émergé, la commission a constaté l’échec des discussions, laissant chaque partie camper sur ses positions.

Vers une procédure prud’homale ? Les scénarios possibles

Faute d’accord, le dossier pourrait désormais s’écrire devant le Conseil de prud’hommes. Une telle saisine marquerait une étape décisive dans ce conflit, avec des enjeux financiers, sportifs et symboliques considérables.

La résiliation judiciaire du contrat de joueur professionnel

En droit du travail, la résiliation judiciaire permet au salarié de demander au juge de mettre fin au contrat aux torts de l’employeur lorsque des manquements graves sont établis. Appliquée au football professionnel, cette procédure reste rare mais potentiellement redoutable pour les clubs, tant en termes d’image que d’indemnisation.

Les juges devront notamment apprécier :

  • la réalité et la gravité des violences subies,
  • les mesures de prévention et de sécurité mises en place par le club,
  • le lien entre ces événements et l’impossibilité pour les joueurs de poursuivre leur activité dans des conditions normales.

Une affaire emblématique pour le droit du sport professionnel

Au-delà du cas individuel de Boga et Moffi, ce dossier interroge l’équilibre entre performance sportive, pression des supporters et protection juridique des joueurs. Il rappelle que le footballeur professionnel reste avant tout un salarié, bénéficiant des garanties fondamentales du droit du travail, y compris face aux dérives du supporterisme.

Conclusion : un contentieux à fort impact pour les clubs et les joueurs

L’échec de la conciliation devant la commission juridique de la LFP marque un tournant dans l’affaire Boga – Moffi. Si la voie prud’homale se confirme, cette affaire pourrait faire jurisprudence en matière de sécurité des joueurs et de responsabilité des clubs. Un dossier à suivre de près, tant pour les acteurs du football professionnel que pour les praticiens du droit du sport.