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Revue juridique

CAN 2025 : la fin d’un feuilleton sportif hors norme ?

par
EAJF / M. KANE
le
2/19/26

Le 18 janvier dernier, après un mois de compétition, s’est tenue la finale de la Coupe d’Afrique des nations opposant le Sénégal au Maroc au stade Prince Moulay Abdellah, à Rabat. Si cette affiche s’annonçait déjà marquante, ce sont surtout les incidents survenus en seconde période qui ont fait entrer ce match dans les annales.

Le Maroc disputait une finale de CAN pour la première fois depuis 22 ans, à domicile. Pourtant, le scénario de la rencontre allait basculer à partir de la seconde mi-temps. En réalité, quelques jours avant la finale, des tensions étaient déjà apparues entre les fédérations des deux pays.

Dans un communiqué publié quelques heures avant le coup d’envoi, la Fédération sénégalaise de football avait fait part de son mécontentement quant au traitement réservé à ses joueurs. Elle déplorait « l’absence manifeste de dispositif de sécurité adéquat » lors de l’arrivée de la délégation sénégalaise à la gare ferroviaire de Rabat. Dans le même temps, elle avait notifié à la CAF son refus catégorique de tenir ses séances d’entraînement au Complexe Mohammed VI, au motif que les installations constituaient « le camp de base de l’équipe adverse », soulevant ainsi « un problème d’équité sportive ».

Ces tensions s’étaient finalement estompées, laissant place à des messages de fraternité portés par certains joueurs des deux sélections.

C’est dans ce contexte mouvementé que, le 18 janvier 2025, s’est tenue la rencontre opposant deux grandes nations du football africain.

La première période se déroule sans occasion franche, malgré une domination sénégalaise. Mais la fin du temps réglementaire marque un tournant. Alors que le match semble se sceller après un but d’Ismaïla Sarr, l’arbitre refuse le but pour une faute commise en amont de l’action.

À partir de cet instant, la tension monte d’un cran. Le staff sénégalais exprime vivement son mécontentement face à cette décision. Quelques minutes plus tard, sur une action décisive, Brahim Diaz, estimant avoir été accroché dans la surface, réclame l’intervention de la VAR.

Après visionnage, l’arbitre accorde un penalty au Maroc. Cette décision met le feu aux poudres. Les tensions atteignent leur paroxysme lorsque l’équipe sénégalaise quitte le terrain à la demande de son sélectionneur, Pape Thiaw, qui dénonce un scandale. Alors que le chaos semble s’emparer du stade Prince Moulay Abdellah, l’international sénégalais Sadio Mané parvient finalement à convaincre ses coéquipiers de revenir sur la pelouse pour reprendre la rencontre.

Dans un stade en effervescence sur le terrain comme dans les tribunes, le jeu reprend. Brahim Diaz, joueur des Lions de l’Atlas, manque son penalty, provoquant la stupeur des supporters marocains.

C’est finalement en prolongation que ce match sous haute tension trouve son épilogue. Pape Gueye inscrit le but victorieux, offrant au Sénégal son deuxième titre continental.

Si cette finale historique s’est achevée près de deux heures après son coup d’envoi, ses répercussions ont, elles, dépassé le cadre sportif.

Les conséquences réglementaires d’un match sous très haute tension

La rencontre Sénégal–Maroc a entraîné de lourdes conséquences disciplinaires. Le 29 janvier dernier, mettant fin à une attente devenue interminable, la Confédération africaine de football (CAF) a dévoilé les sanctions prononcées à l’encontre des deux finalistes.

Alors que des rumeurs évoquaient une longue suspension du sélectionneur sénégalais, le jury disciplinaire de la CAF a rendu son verdict : Pape Thiaw écope de cinq matches de suspension et d’une amende de 100 000 dollars pour comportement antisportif, violation des principes du fair-play et atteinte à l’image du football. Les joueurs Iliman Ndiaye et Ismaïla Sarr sont suspendus pour deux matches chacun pour comportement antisportif envers l’arbitre.

Si les sanctions visant le Sénégal semblent moins sévères que ce qui était attendues , celles infligées au Maroc ont en revanche suscité la surprise. Le jury disciplinaire a prononcé plusieurs mesures : Ismaël Saibari est suspendu pour trois matches et condamné à une amende de 100 000 dollars pour comportement antisportif. Achraf Hakimi écope de deux matches de suspension, dont un avec sursis pendant un an.

La Fédération royale marocaine de football (FRMF) est également sanctionnée : 200 000 dollars d’amende pour le comportement des ramasseurs de balles, 100 000 dollars pour l’envahissement de la zone VAR par des joueurs et membres du staff, ainsi que 15 000 dollars pour l’usage de lasers par des supporters.

Le Maroc, qui réclamait par ailleurs la défaite du Sénégal sur le fondement des articles 82 et 84 du règlement de la Coupe d’Afrique des Nations, lesquels prévoient l’exclusion d’une équipe se retirant de la compétition, refusant de jouer ou quittant le terrain sans autorisation avant la fin réglementaire, a été débouté de ses demandes.

Cette décision semblait mettre un terme à un feuilleton qui durait depuis plusieurs semaines. Toutefois, les récentes déclarations du président de la CAF, Patrice Motsepe, annonçant des amendements du règlement intérieur et des règles de jeu afin qu’une telle situation ne se reproduise « plus jamais », ainsi que la décision du Maroc, le 3 février dernier, de faire appel, relancent les interrogations quant à une possible évolution des sanctions.