
Après une qualification pour la CAN en demi-teinte, l’équipe de football du Gabon n’a pas réussi à briller et a été éliminée dès le premier tour de la compétition, qui a débuté le 21 décembre dernier au Maroc. Malgré un destin déjà scellé, l’équipe a dû affronter la Côte d’Ivoire, tenante du titre, lors de son dernier match de poule. Le Gabon s’est incliné 2 à 3 contre les Éléphants de la Côte d’Ivoire.
Dès le début de la compétition, le parcours des Panthères du Gabon a fait l’objet de vives critiques de la part du gouvernement gabonais. Le président du pays, Brice Clotaire Oligui Nguema, a déclaré que les performances de la sélection nationale fragilisaient « l’identité nationale ». Il a même promis de « rétablir la rigueur, la responsabilité et l’ambition dans la gouvernance du sport national ».

Cette défaite face à la Côte d’Ivoire a sonné comme le coup de grâce. Le 1er janvier, après avoir fait face à la déception des supporters, les joueurs gabonais ont appris, de la bouche du ministre des Sports, Simplice-Désiré Mamboula, la dissolution du staff technique, la suspension de l’équipe nationale jusqu’à nouvel ordre, ainsi que la mise à l’écart de deux joueurs du collectif, Ecuele Manga et Aubameyang. Cette annonce fait suite à une prestation durant la compétition jugée « déshonorante » par le ministre.
Ces déclarations, qui ont choqué par leur brutalité, ont mis en lumière les problématiques au sein de la sélection gabonaise. Cette élimination de la CAN de l’équipe nationale est très rapidement devenue une affaire d’État, démontrant une immixtion politique normalement interdite dans l’organisation de la Fédération gabonaise de football.
L’article 14 des Statuts de la FIFA, qui constitue le socle de la réglementation de la fédération, pose un principe clair : « Les associations de football membres de la FIFA ont l’obligation de diriger leurs affaires en toute indépendance et de veiller à ce qu’aucun tiers ne s’y immisce. »
Ce principe est par ailleurs confirmé et renforcé par l’article 19 des Statuts, qui consacre la gestion indépendante des associations membres, lesquelles ne doivent en aucun cas être influencées par des tiers extérieurs. Dans le cadre de l’équipe gabonaise, l’immixtion des autorités gabonaises dans l’organisation de l’équipe nationale ne fait aucun doute.
En effet, dès les premiers matchs des Panthères, les autorités ont exprimé la nécessité de procéder à des changements structurels, au regard d’une équipe jugée trop faible et pas assez déterminée. La suspension de l’équipe ainsi que de l’ensemble des membres du staff a, par ailleurs, été annoncée non pas par la Fédération gabonaise, mais par un membre du gouvernement.
L’ensemble de ces éléments démontre une intervention tierce normalement interdite par la FIFA.

La Fédération gabonaise pourrait donc se voir sanctionnée. Cette dernière risque une suspension, voire même une exclusion. Si une exclusion a peu de chances d’aboutir, puisqu’elle est soumise à un vote des trois quarts des suffrages valablement exprimés et nécessite la présence de la majorité absolue des associations membres disposant d’un droit de vote au Congrès, une suspension est en revanche tout à fait envisageable.
Contrairement à l’exclusion, la suspension peut être décidée par le Conseil sans vote du Congrès, et elle peut avoir un effet immédiat dès lors qu’une association a gravement contrevenu à ses obligations.
La suspension de l’équipe gabonaise, suite à son élimination dès le premier tour de la Coupe d’Afrique des Nations, a choqué par son caractère inattendu. Elle s’inscrit toutefois dans des pratiques déjà observées au sein des fédérations membres de la FIFA. Les fédérations de football du Guatemala ou encore du Koweït ont notamment été suspendues pour des faits similaires. La question de la sanction reste donc en suspens, mais elle devrait très certainement prendre la forme d’une suspension pouvant aller de quelques semaines à plusieurs mois.