0
Revue juridique

OGC Nice : quand les supporters dépassent les limites

par
EAJF / M. KANE
le
12/18/25

Le mois de novembre a été particulièrement difficile pour l’OGC Nice. Depuis le début de la saison, le club a essuyé plusieurs défaites, se plaçant à la dernière place du classement de la Ligue Europa avec zéro point.

Le 30 novembre dernier, exaspérés par la situation, des supporters du club ont décidé de confronter directement les joueurs alors que ces derniers se rendaient à leur camp d’entraînement. Selon un communiqué publié par le club sur sa page officielle, plusieurs joueurs ainsi que des dirigeants ont été interpellés violemment. Le club fait état de la présence d’un grand nombre d’individus cagoulés. Les joueurs et les membres du staff auraient été insultés, puis agressés physiquement.

Quatre joueurs en particulier auraient été visés par ces attaques : Florian Maurice, Terem Moffi, Jérémie Boga et Jonathan Clauss. Deux d’entre eux ont, par ailleurs, porté plainte pour violences dans les jours qui ont suivi et ont été placés en arrêt maladie.

À la suite de ces incidents, de nombreuses voix se sont élevées en France mais également à l’international pour dénoncer « ces agressions inacceptables ». Des acteurs majeurs du monde du football, tels que la LFP (Ligue de Football Professionnel), qui a annoncé qu’elle se constituerait partie civile dans les plaintes déposées par les joueurs, ou encore la ministre des Sports, Marine Ferrari, ont apporté leur soutien aux joueurs et aux membres du staff visés.

Le 2 décembre dernier, le parquet a annoncé l’ouverture d’une enquête pour violences aggravées contre X.

Dans un même temps, le club a déclaré avoir déposé plainte contre X. De leur côté, les ultras du groupe Populaire Sud, principalement visés par ces accusations, ont pris la parole dans un communiqué. Ils y dénoncent des « amalgames », une « surenchère » ainsi que de la « calomnie », illustrant les tensions existantes entre le club et une partie de ses supporters.

Ces relations, de plus en plus empreintes de violence, qu’elle soit physique ou verbale, soulèvent la question des risques et des responsabilités de chacun des acteurs. Si l’expression de la joie ou, au contraire, du mécontentement fait partie intégrante du supportérisme, ces manifestations demeurent strictement encadrées par la loi et de tels agissements tombent sous le coup de celle-ci.


Qu’en dit le droit ?

À la suite des plaintes déposées, le parquet a ouvert une enquête pour violences aggravées, participation à un groupement en vue de la préparation de violences et de dégradations, ainsi que pour non-empêchement d’un délit portant atteinte à l’intégrité corporelle. Les violences, au sens pénal, désignent l’ensemble des actes ou comportements ayant pour effet de porter atteinte à l’intégrité physique ou psychologique d’une personne.

L’enquête ouverte vise des violences aggravées. Celles-ci se distinguent des violences dites « simples » par l’existence d’une ou plusieurs circonstances aggravantes, comme le prévoit l’article 222-13 du Code pénal.

En l’espèce, les violences supposées auraient été commises en réunion, dès lors que, selon les différentes sources ayant relaté l’événement, entre 200 et 300 supporters étaient présents sur les lieux et que plusieurs d’entre eux auraient agressé les joueurs du club. Le paragraphe 8 de l’article 222-13 prévoit qu’est une circonstance aggravante la commission de violences par plusieurs personnes agissant en qualité d’auteur ou de complice. En cas de condamnation, les auteurs encourent une peine pouvant aller jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende.

S’agissant de l’infraction relative à la participation à un groupement formé en vue de la préparation de violences ou de dégradations, l’article 222-14-1 du Code pénal prévoit une peine d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende.

Le troisième chef d’accusation concerne, quant à lui, l’absence d’empêchement d’un crime ou d’un délit portant atteinte à l’intégrité corporelle. Le choix de ce chef d’incrimination permet ainsi à la justice de sanctionner également les supporters ayant assisté aux faits sans y participer activement, permettant de rappeler la responsabilité individuelle de chacun.

Conclusion :

Ces événements interrogent quant à la nécessité de faire évoluer les relations entre les joueurs et les supporters, notamment en renforçant la protection des informations relatives aux déplacements des joueurs et, plus largement, à leurs emplois du temps. Toutefois, une telle évolution ne serait-elle pas contraire à l’esprit même du supportérisme et à la proximité entre joueurs et supporters qui fait partie intégrante du football depuis de nombreuses années ?

Si ces faits ne permettent sans doute pas d’apporter une réponse définitive à ces interrogations, ils invitent néanmoins à une réflexion plus large sur l’expression de la violence dans le football, laquelle tend à se banaliser, qu’elle s’exerce entre supporters eux-mêmes ou à l’encontre des joueurs et des dirigeants de clubs.