0
Revue juridique

Scandale judiciaire : le PSG face au dilemme Hakimi

par
EAJF / N. THOMASSIN
le
3/5/26

Le défenseur du Paris Saint-Germain, Achraf Hakimi, a été renvoyé ce mardi 24 février devant la Cour criminelle départementale pour des faits qualifiés de viol au sens de l’article 222-23 du Code pénal. Cette décision, prise après plusieurs années d’instruction, signifie qu’un procès aura lieu. Elle ne vaut ni condamnation ni reconnaissance de culpabilité : la présomption d’innocence continue de s’appliquer jusqu’à une décision définitive.

L’intérêt juridique de cette affaire dépasse le seul champ pénal. Elle pose des questions très concrètes : un club peut-il rompre le contrat d’un joueur poursuivi pour crime ? Que changera une éventuelle condamnation ? La FIFA ou la FFF peuvent-elles intervenir ? Et comment ces différents ordres juridiques s’articulent-ils ?

La situation pénale : ce que signifie réellement le renvoi en procès

Le viol est une infraction criminelle. Il suppose un acte de pénétration sexuelle commis par violence, contrainte, menace ou surprise. La peine encourue est de quinze ans de réclusion criminelle, pouvant être aggravée selon les circonstances.

Le renvoi devant la Cour criminelle départementale signifie que le juge d’instruction considère les charges suffisamment sérieuses pour être débattues devant une juridiction de jugement. La Cour criminelle, composée uniquement de magistrats professionnels, peut prononcer soit un acquittement, soit une condamnation.

À ce stade, il n’y a :

  • aucune peine prononcée,
  • aucune interdiction automatique de jouer,
  • aucune suspension fédérale obligatoire.

Il est fondamental de distinguer le temps judiciaire (procédure, instruction, procès) et les effets juridiques d’une décision définitive. Tant que la culpabilité n’est pas établie, le joueur reste juridiquement innocent.

Le contrat de travail du joueur : que peut faire le club ?

Le joueur professionnel est salarié. Son contrat, prévu par les articles L.222-2 et suivants du Code du sport, est un contrat à durée déterminée spécifique au sport professionnel.

Ce type de contrat est protecteur : il ne peut pas être rompu librement avant son terme.

En l’absence de condamnation

La règle est claire : une mise en examen ou un renvoi en procès ne suffit pas à justifier la rupture anticipée du contrat.

En droit du travail, un CDD ne peut être rompu avant son terme que dans des cas limités :

  • faute grave,
  • force majeure
  • inaptitude,
  • accord des parties.

Or, tant qu’aucune condamnation définitive n’est intervenue, la faute n’est pas juridiquement établie. La présomption d’innocence protège le salarié.

Le club pourrait tenter d’invoquer un trouble objectif au fonctionnement de l’entreprise, notamment si la médiatisation nuit à l’image du club ou perturbe son organisation. Mais ce trouble doit être concret, réel et démontré. La simple existence d’une procédure pénale ne suffit pas en principe.

Les clauses de moralité ou d’image, souvent présentes dans les contrats des joueurs professionnels, ne permettent pas une résiliation automatique. Le juge contrôle leur application et vérifie que la mesure est proportionnée.

En pratique, tant qu’il n’y a pas de condamnation définitive, le contrat continue de produire ses effets : le joueur reste sélectionnable, rémunéré et tenu d’exécuter ses obligations.


En cas de condamnation définitive

La situation serait profondément différente si le joueur était condamné.

Plusieurs hypothèses doivent être distinguées.

  • Condamnation avec emprisonnement ferme

Si une peine privative de liberté ferme est prononcée, le joueur ne pourra plus participer aux entraînements ni aux compétitions. L’exécution du contrat devient matériellement impossible.

Dans ce cas, le club disposerait d’un fondement solide pour rompre le contrat, soit :

  • pour faute grave, si les faits sont jugés incompatibles avec les obligations contractuelles,
  • soit en raison de l’impossibilité d’exécution du contrat.

L’incarcération constitue en pratique un motif légitime de rupture lorsqu’elle empêche le salarié d’exécuter son travail.

  • Condamnation sans incarcération immédiate

Si la peine est aménagée (sursis, peine aménageable, etc.), la question devient plus subtile.

Le club pourrait invoquer :

  • la faute grave, en raison de la gravité des faits et de l’atteinte à l’image,
  • la rupture de la relation de confiance.

La jurisprudence admet que des faits extra-professionnels puissent justifier un licenciement lorsqu’ils sont incompatibles avec les fonctions exercées. Pour un sportif professionnel, dont l’activité est fortement médiatisée, l’atteinte à l’image peut être un élément déterminant.

La réglementation FIFA : la notion de « juste cause »

Le Règlement du Statut et du Transfert des Joueurs (RSTJ) de la FIFA repose sur le principe de stabilité contractuelle. Un contrat ne peut être résilié sans « juste cause ».

La « juste cause » correspond à une situation grave rendant la poursuite du contrat intolérable. La jurisprudence du Tribunal Arbitral du Sport précise qu’il faut un manquement sérieux et objectivement vérifiable.

Une condamnation pénale pour crime pourrait constituer une « juste cause », surtout si :

  • elle empêche le joueur d’exercer son activité,
  • elle porte atteinte gravement à la réputation du club,
  • elle rend la collaboration impossible.

En revanche, une simple mise en accusation ne constitue généralement pas une « juste cause » suffisante au sens du règlement FIFA.

Il faut également souligner que la FIFA ne prévoit pas de suspension automatique pour des infractions pénales de droit commun non liées au football. Les sanctions automatiques concernent surtout le dopage, la manipulation de matchs ou la corruption.

La réglementation FFF : discipline et image du football

La Fédération française de football dispose d’un pouvoir disciplinaire autonome. Elle peut sanctionner des comportements portant atteinte à l’éthique ou à l’image du football.

En pratique :

  • une condamnation pénale définitive pourrait déclencher une procédure disciplinaire,
  • une suspension sportive pourrait être envisagée.

Cependant, tant qu’il n’y a pas de condamnation, une sanction disciplinaire serait juridiquement plus fragile.

Il faut bien distinguer la sanction pénale (prononcée par un tribunal) et la sanction sportive (prononcée par une instance fédérale). Les deux procédures sont indépendantes, même si la décision pénale peut servir de base à la procédure disciplinaire.


Les conséquences sur la carrière

Même sans rupture immédiate du contrat, une procédure criminelle peut avoir des effets indirects importants :

  • fragilisation des relations avec les sponsors,
  • prudence accrue des clubs en cas de transfert,
  • pression médiatique constante,
  • atteinte potentielle à l’image personnelle.

En cas de condamnation définitive, les effets pourraient être plus lourds :

  • rupture du contrat de travail,
  • suspension ou sanction disciplinaire,
  • interruption temporaire ou durable de carrière.

À l’inverse, un acquittement permettrait au joueur de conserver pleinement ses droits contractuels et sportifs, même si l’impact médiatique pourrait persister.

Conclusion

L’affaire montre clairement que tant qu’aucune condamnation définitive n’est prononcée, le cadre juridique protège le joueur : la présomption d’innocence et la stabilité contractuelle empêchent une rupture automatique.

En revanche, une condamnation pénale définitive pourrait profondément modifier la situation. Elle pourrait :

  • justifier la rupture anticipée du CDD pour faute grave ou impossibilité d’exécution,
  • constituer une « juste cause » au sens de la FIFA,
  • entraîner une procédure disciplinaire devant la FFF,
  • affecter durablement la trajectoire professionnelle.

À ce stade de la procédure, la position institutionnelle reste mesurée. Selon les éléments rapportés par la presse, le Paris Saint-Germain ne s’est pas prononcé sur une éventuelle sanction interne ni sur une remise en cause du contrat du joueur. Le club adopte une ligne de prudence, respectant la présomption d’innocence et laissant la justice suivre son cours. Dans les faits, Achraf Hakimi continue de participer aux entraînements et aux compétitions officielles avec son équipe, aucune suspension sportive à ce sujet n’ayant été décidée à ce jour. De son côté, le joueur conteste les faits et affirme son innocence. En l’absence de condamnation définitive, la situation demeure donc inchangée, dans l’attente du procès et de la décision qui sera rendue. Affaire à suivre…